Monique Mérabet, la passion de l’écriture et du partage

Portrait en noir et blanc de Monique MérabetPoète, haikiste, conteuse, Sociétaire à la Société des Poètes Français, Monique Merabet est née en 1949 à la Réunion, et s’applique chaque jour à découvrir ce qui l’émerveille devant la beauté des petites choses qui tissent le bonheur du jour. Elle les partage lors d’ateliers avec les enfants et sur son blog poétique patpantin, avec des amateurs sensibles à la beauté et à l’harmonie. Elle distille ainsi une sève joyeuse de la poésie du monde, s’ingéniant à aider les plus jeunes attirés par le monde virtuel à découvrir qu’ils sont vivants. Monique Mérabet est un petit flambeau qui apporte sa lumière à notre société désenchantée. 

Ecrire, un mode de vie

Mon but, c’est d’être vraie, d’aller au fond des choses, de dire l’essentiel. J’étais une lectrice passionnée, sans avoir eu l’idée d’écrire : ça me dépassait, ce n’était pas à ma portée. Un jour, j’ai commencé à écrire des petites chansons, puis je me suis demandé pourquoi je n’écrirai pas vraiment quelque chose d’important. Dans ma vie, je vivais des choses difficiles ; j’ai écrit de la poésie, de fil en aiguille, c’était apprécié, puis je suis passée au conte, j’ai exploré l’écriture. Quand on n’a pas l’occasion de s’épancher, c’est une façon de dire sans passer par le pathos, ça évite de tomber, de ne pas baigner dans son malheur.

Ecrire permet la distance : tu es obligé de faire une analyse, à faire sortir des choses de toi et en même temps, de choisir, de réfléchir, de s’élever, de rebondir, c’est une vraie aide à la résilience.

Une poésie de l’instant

J’écris des haikus depuis 2005, le temps d’apprendre à écrire comme il faut. Ce qui a ancré mon envie, c’est la rencontre avec cette poésie d’origine japonaise et les éditions Liroli. Le haiku, c’est une philosophie de sagesse, de vie ; cela aide à vivre, on est dans le concret, le ressenti par les sens, on ne s’englue pas dans l’émotion. Ces petits poèmes parlent de la nature, tout en ne jouant pas sur les sentiments.

Je fais passer mon émotion par mon ressenti, ce que j’ai vécu, par quelque chose de concret. C’est bien reçu par le lecteur. On écrit le haiku avec le lecteur qui participe parce qu’il peut se réapproprier ce qui est dit, créer sa propre émotion. Aujourd’hui, c’est devenu essentiel. Tous les jours, j’écris un texte court qui mêle la prose, le haiku, ou d’autres poèmes courts comme ça vient. Ce qui me plaît, c’est de mélanger les différents types d’écriture, sous une forme plus ou moins poétique. Je me rends compte que j’ai abandonné l’écriture des poèmes réguliers, ça ne me correspond plus.

Un blog pour partager la poésie

Pour moi, l’écriture est un partage, sinon cela n’a pas d’intérêt d’écrire. Un écrivain réussi, c’est quelqu’un qui sait montrer ce qu’il ressent.

Il y a 7 ans il y a eu le début du Blog Patpantin, créé pour un groupe d’écriture dans l’association Laféladi, l’idée était de faire connaître ce qu’on a écrit, je l’ai complété avec mes productions. Il est devenu un support pour partager mes écrits. Des lecteurs me suivent, qui prennent la peine de me dire ce qu’ils en pensent. Une lectrice s’est accrochée à mon blog en me disant que ça lui apporte beaucoup, qu’elle a la possibilité de s’évader de ses problèmes en apprenant mieux à regarder autour d’elle des choses qui lui avaient échappées. Ça répond aussi à cette mission de partager,

Monique Mérabet parle dans un microLa beauté et le positif au menu de chaque jour

Je fais attention à ce que j’écris, j’évite le négatif. Je pense qu’un écrivain est responsable de ce qu’il écrit, qu’il donne à lire aux autres. Il faut faire attention, car on risque de blesser et d’offusquer quelqu’un. On peut suggérer les choses qui ne vont pas, sans mettre l’accent dessus. Je veux apporter du bonheur, ne pas désenchanter le monde, apporter de la lumière autour de moi, aider les lecteurs à regarder le monde avec émerveillement.

J’écris sur les choses qui sont belles, en me posant la question de ce qui est laid, mauvais… « Le mal c’est ce qui sort du cœur de l’homme », c’est au niveau des idées. Quand on coupe un arbre, on ne respecte pas la nature, mais quand on est dans la nature, on s’y inscrit, on s’y fond. Autre conception du beau, j’aime ciseler l’écriture avec des mots justes, faire attention à la forme. J’écris et je lis mes textes à haute voix, si la phrase cloche, cela s’entend. Il y a la beauté, dans la mesure de mes moyens, je tends à faire de la belle écriture, plus j’avance, plus je fais concis, je tends à des choses simples et belles. L’écriture ne doit pas rester dans le spontané. Pour moi, c’est une forme de liberté. 

L’enseignement, une philosophie de vie

De l’enseignement, j’ai retenu le bonheur. C’est un métier que j’ai choisi, aimé, j’ai enseigné les mathématiques. Je voulais apporter quelque chose aux autres. J’aimais mes élèves : j’avais une mission envers eux, une responsabilité de communiquer. Tu as toujours des échecs, mais tu fais passer quelque chose ; ce qui est formidable, ce n’est pas de leur apprendre, c’est d’arriver à leur rendre la chose intelligible. Dans toutes mes préparations, j’avais ce but ! Leur expliquer, afin qu’ils arrivent à intégrer le savoir. Je n’apportais pas une philosophie de vie, il fallait que je les prépare aux examens, vers un métier.

Je continue d’enseigner avec les ateliers d’écriture dans les médiathèques, les écoles… Il y a toujours des enfants qui sont plus attentifs que d’autres. Quelquefois, il arrive de façon inattendue qu’il prenne conscience de quelque chose qui l’éveille, et c’est magique.

Dans les ateliers sur le haiku ou le conte, il y a toujours le besoin et la nécessité de faire prendre conscience aux jeunes qu’ils vivent car ils sont souvent dans un monde artificiel, virtuel. Cela me tient à cœur, de faire mon possible pour les faire réagir, les faire accéder à l’environnement, aux besoins de leur corps. Ils ne savent pas ce qu’ils sont. C’est une mission importante si je peux faire passer ça, je le fais à travers la poésie. Pour moi-même cela a été une quête de trouver mon identité, de savoir qui j’étais, sinon, on passe à côté de la vie, on se laisse berner, emporter par tout. J’aimais à faire acquérir un esprit critique qui manque à notre monde, c’est important d’apprendre à se forger sa propre réalité, à être quelqu’un.

Contributions associatives

Sensible à toutes les formes de vie, à la différence, je contribue à des actions pour l’Association des Paralysés de France : je participe aux Cordées, échanges de mails avec un groupe de correspondants, valides et handicapés qui deviennent des amis.

Je propose des lectures auprès des déficients visuels via l’association Valentin Haüy (AVH), des animations à la Médiathèque ou des causeries sur un thème créole. En 2014, j’ai organisé une exposition des dessins de l’illustratrice de l’album « le chrysanthème de noël » pour un public non voyant et un atelier de tableaux tactiles…

L’Association pour « « l’Autobiographie et le Patrimoine », prolonge la mise en action de mon blog http://patpantin.over-blog.com sur lequel je publie une sorte de journal haïbun.

Mon intérêt pour la défense de l’environnement m’a amenée à aider la Société d’études ornithologiques de la Réunion (SEOR) et Greenpeace.

Un arrosoir au milieu des fleursMon objet préféré : un arrosoir

Je me suis rendu compte que chez moi, il y avait beaucoup d’arrosoirs en zinc, fabriqués par le ferblantier. C’est un objet qui est aussi lié à mon enfance. Ça me rappelle d’heureux souvenirs, les jardins d’antan. On n’utilisait que cet accessoire qui est en fait un outil écologique. On prenait la peine de le remplir, de le plonger dans le bassin. Pas de gaspillage d’eau qui était versée au pied de chaque plante et c’est tout. On respectait la nature.

C’est le symbole d’un monde ancien un peu perdu, de la sagesse avec parcimonie et patience. On prenait le temps d’arroser. Je compte le temps qu’il faut pour chaque plante, je vois, chacune d’elles en faisant le tour, sans cela, je n’aurai rien vu. Sinon, ça sert à quoi un jardin ?

Entretien par Isabelle Horao-Joly

BIBLIOGRAPHIE

    • Danse avec la nuit (Poésie, Prix Jules Ferry, Éditions Publibook 2001)
    • Contes à temps perdu (Éditions UDIR 2001)
    • Lambrequins et vieux bardeaux (Grand Prix de l’Océan Indien pour la Jeunesse 2003, Éditions ARS Terres créoles)
    • Balade à dos de nuage (Poésie bilingue Français/Créole en collaboration avec Huguette PAYET, Éditions Liroli 2006)
    • Mathifolades (Poèmes, Éditions Liroli, 2008)
    • Lunes (haïkus bilingues Français/Créole, Éditions Les ADEX, 2009 puis Éditions Surya 2010)
    • L’arbre chanson (Poésie, Prix Max Jacob de la Société des Poètes Français, Éditions Surya 2010, Prix de l’Association REGARDS)
    • L’île du non retour (Poésie, Éditions Surya, 2010)
    • Mésattente (Poésie, Éditions Flammes Vives, 2010)
    • Bouffées entremêlées (Poésie en collaboration avec le poète haïtien Jean Frantz PHILIPPE, Éditions REGARDS, 2011)
    • 3 feuilles sur la treille (haïkus, en collaboration avec Janick Belleau et Danièle Duteil, Éditions Liroli, 2012)
    • Le chrysanthème de Noël (Conte, Laféladi, 2014)
    • La tizane Manmzèl Kaline (Conte bilingue, Éditions ARS Terres Créoles, 2015)
    • Au bout de l’index (Haïkus, Éditions Liroli 2015)
    • Collaboration aux revues REGARDS, GONG la revue de l’Association Francophone de Haïkus, L’ÉCHO DE L’ÉTROIT CHEMIN, publication en ligne de l’Association Francophone des Auteurs de Haïbuns… Participation à des recueils collectifs de poésie, de haïkus, de haïbuns (aux Éditions Liroli, de l’Association Laféladi…)
    • Nouvelles de la Réunion (Éditions Magellan), Contes et croyances (Éditions UDIR 2015)