L’hommage de FAM à Léon Gontran Damas

L’hommage de FAM à Léon Gontran Damas le 19 et 20 octobre 2012.

 Le 17e salon du livre de la Plume Noire, qui s’est tenu du 19 au 20 octobre derniers, a célébré le centenaire de la naissance du grand poète guyanais, Léon Gontran Damas. La présidente de FAM a rendu hommage à l’homme  qu’elle a eu la chance de rencontrer et de côtoyer à la fin des années 60, dans un Paris culturel en pleine effervescence.

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Des spécialistes, universitaires, écrivains étaient venus du monde entier, de Guyane, des Antilles, du Brésil, de Belgique flamande, du Québec, des Etats-Unis rendre hommage à la mémoire du poète. Des rencontres passionnantes qui ont permis de redécouvrir Léon Gontran Damas, encore méconnu en France. Plusieurs personnalités dont George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la Réussite éducative,  Kristen SARGE, Chargé de recherche  au Conseil Régional de la Guyane, sont intervenues sur la poésie et la pensée de Léon Gontran Damas. Gisèle Bourquin a raconté les circonstances de sa rencontre avec celui qui allait être pour elle un maître à penser.

La jeune femme arrivait alors de la Martinique. Etudiante en 3ème cycle de lettres modernes à la Sorbonne, la jeune femme s’apprêtait à entreprendre un travail sur l’oeuvre théâtrale d’ Aimé Césaire. La femme de lettres Hèlène Bouvard l’introduisit auprès du poète Léon Gontran Damas, compagnon de route de Césaire. Une rencontre qui se révélera déterminante.  Elle garde un souvenir ému de son accueil avec Marietta dans l’appartement près du Champ de Mars. C’était en 1966. La jeune femme est impressionnée par son sens de la formule, sa simplicité, sa générosité, son ouverture aux autres : « Il avait le don de mettre en relation, de partager. Il n’agissait pas par convenance, il suivait son instinct. Les visiteurs se rencontraient ou se croisaient dans son séjour en un ballet incessant. Anti-conformiste, il aimait créer du lien ».

 

Un monde s’ouvre alors à la jeune femme. Grâce à Léon Gontran Damas, elle rencontre l’anthropologue Michel Leiris et des personnalités du monde des arts et de la culture. Elle côtoie l’équipe passionnante de Présence Africaine, « la Sorbonne des Noirs », son fondateur Alioune Diop et sa femme Christiane Diop, suit les séminaires de Denise Paulme, s’entretient régulièrement avec Aimé Césaire. En 1966, les ex-colonies viennent à peine de recouvrer leur indépendance, la ségrégation existe encore dans le sud des Etats-Unis et l’apartheid sévit en Afrique du Sud. Gisèle Bourquin rappelle ce contexte difficile pour les Noirs en France : « En France, la ségrégation n’est certes pas érigée en loi, toutefois la discrimination est larvée : dans un organisme d’assistance aux étudiants, le Copar, on peut noter que le propriétaire veut des étudiants de couleur … blanche ! » L’époque est riche en combats, stimule la création artistique et théâtrale. « Le monde du théâtre est en pleine effervescence : au théâtre Lucernaire -à l’époque dans le Quartier latin- les Nègres de Jean Genêt, tandis qu’à Montparnasse, le Métro Fantôme de Leroy Jones dénonce les stéréotypes raciaux. Quant à la Tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire, jouée à Venise en 1964, elle allait prendre le chemin de Dakar pour le Premier festival des Arts Nègres », se souvient-elle.

En 1968, c’est encore Léon Gontran Damas qui influencera les choix de vie de la future présidente de Femmes Au-delà des mers. « Cet homme rebelle, cet homme de conviction, non conformiste, m’a appris la liberté, le discernement. Sans le savoir, il a orienté mon parcours et si j’ai pris un départ dans la vie en commençant par l’enseignement à l’université en République démocratique du Congo, c’est l’heureuse conséquence de cette période”.

 

La jeune femme avait  été marquée par l’intérêt de Léon Gontran Damas pour l’art africain et un film projeté à son initiative Un autre regard (16 minutes) de Philippe Brunet retraçant les influences de l’art africain sur les artistes européens « l’illustration magistrale par l’image de l’influence de l’art nègre (les masques) sur l’art français (peinture, sculpture) ».

En septembre dernier, Gisèle Bourquin est partie sur les traces du poète à l’université américaine Howard, la Harvard noire des Etats-Unis. Il y a enseigné les dernières années de sa vie avant de mourir en 1978. La présidente de FAM a rencontré dans la bibilothèque le professeur et poète Ethelbert Miller qui  lui a raconté une anecdote à l’image de la personnalité simple et attachante de Léon Gontran Damas : “Lors d’une rencontre à Washington, toutes les hautes personnalités se sont présentées à la tribune avec force titres et faits de gloire. Quand ce fut le tour de Léon Gontran Damas, il a simplement dit d’une voix ferme : « Damas » et rien d’autre. Fi des fioritures, ça, c’était lui !”

 

Gisèle Bourquin a conclu son hommage au  poète, en évoquant l’héritage transmis : “ll a spontanément éveillé des consciences, tracé la route. Et ce qu’il a semé généreusement sans calcul et sans être doctrinaire sont les racines du futur ! Aujourd’hui, je suis « debout », selon une expression de ma Martinique natale et poursuis mon chemin grâce à tout cela. La création d’un réseau d’échanges et de transmission de savoirs par-delà les océans, aujourd’hui incarné en l’association Femmes au-delà des mers, en est nourri”.

Léon Gontran Damas

Né le 28 mars 1912 à Cayenne en Guyane, Léon Gontran Damas est injustement méconnu en France. En plus d’être un grand poète, il est le père avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor du concept de Négritude. Elevé à Fort de France par sa tante,  il y rencontre très jeune son futur compagnon de route Aimé Césaire. En 1929, il vient en France étudier le russe, le japonais, l’ethnologie, le droit et les lettres. Il rencontre Léopold Sédar Senghor et en 1935, les trois jeunes gens publient le premier numéro de la revue littéraire L’Etudiant noir et fondent le mouvement de la négritude, mouvement littéraire et idéologique d’intellectuels noirs francophones rejetant la domination occidentale. En 1937, Damas publie son premier livre de poésie, Pigments.  Il voyage et donne des conférences un peu partout en Afrique, aux Etats-Unis, en Amérique latine et dans les Antilles. En 1970, il s’installe à Washington  et devient professeur à l’Université américaine  Howard. Il meurt à Washington en 1978.

A lire :

Pigments, 1937, 

Névralgies, 1966 (Présence Africaine),

Black-Label,1956 (Gallimard),

Retour de Guyane (José Corti),1938

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